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Neuschwanstein : Battlement (1979 - cd - parue dans le Koid9 n°62)

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Si vous pensiez que Fish et Peter Nicholls sont des clones de Peter Gabriel époque Genesis, oubliez ça ! Le chanteur de Neuschwanstein leur fait la nique très facilement. En fait, si on m'avait fait écouter cet album en 1989 en prétendant qu'il s'agissait de bandes oubliées de Genesis enregistrées en 75 avant que le Gab' ne quitte le groupe, je l'aurais presque cru… si on n'écoute que la voix. Néanmoins, ce n'est pas uniquement pour cette étonnante ressemblance vocale que nous prenons la peine de vous reparler de cet album rare, réédité en 1993 par Musea, dans une version remixée (par l'un des membres du groupe) et augmentée d'un morceau.

Neuschwanstein fait partie de ces groupes qui n'auraient pas été les mêmes sans l'existence de Genesis, qui s'en sont fait les héritiers d'une certaine manière, mais sans qu'il soit question de plagiat, tout juste deux ou trois fois une séquence de notes ayant un air de déjà-entendu.

"Battlement" est un album inspiré, qui n'a rien de forcé, probablement pas plus proche des vieux Genesis que ne l'est "Tales from the lush attic" de IQ, par exemple, probablement moins, en fin de compte. Le chant, souvent source de controverse, est très bon. Typé à la Peter Gabriel, c'est-à-dire un peu haut perché, voilé, (on pourrait dire "enrhumé" !), oui, mais juste, très bien placé et sensible, sans rien d'outré ni de caricatural (pas de parodie d'accent Scottish, par exemple), comme il a pu l'être chez tant de groupes plus récents, dont les derniers seraient notamment The Watch et Mangala Vallis. Et leur chanteur était un Français ! Et je vous mets au défit de le deviner si on ne vous prévient pas. Le groupe est allemand, mais originaire d'une région frontalière et leurs apparitions scéniques se feront aussi bien dans l'Est de la France qu'en Allemagne, d'où le recrutement de Frédéric Joos à l'occasion de leur incursions sur notre territoire.

Sans conteste influencé par Genesis et au départ voué à produire de la musique instrumentale depuis aussi loin que 1974, ce n'est qu'en 1976 que Neuschwanstein envisage de s'adjoindre les services d'un vocaliste. Mais il faudra encore attendre 2 ans avant que le groupe (dont le nom vient de celui du célèbre château du non moins célèbre roi Ludwig II de Bavière) enregistre son premier et unique album (en 10 jours !) dans les fameux studios de Dieter Dierks (le producteur des Scorpions - et de Wallenstein, par exemple !). Celui-ci se vendra seulement à 6000 exemplaires au départ, malgré le fait que le groupe joue en live devant des audiences assez conséquentes depuis des années. Il sera réédité en LP dans les années 80 et enfin en CD par Musea en 1992, mais cette fois dans une version remixée par le guitariste du groupe Roger Weiler et leur ex-manager Ulli Reichert. Le manque de succès, l'avènement de la new wave et le mépris général pour le progressif décourageront la plupart des membres du groupe, qui finira par éclater en 1980, mais il reste cet album tout à fait digne de respect pour témoigner de ce qui aurait pu être… Et c'en est frustrant.

Et la musique ? Seulement un ersatz de "Foxtrot" ou "Selling england" ? En fait, c'est aussi bien du côté de "A trick of the tail" et de "Wind and wuthering" qu'on peut voir des réminiscences. Mais surtout, si on prend la peine d'écouter autre chose que la voix "gabriellienne" de Joos, les guitares 12-cordes omniprésentes dignes de Rutherford, Phillips et Hackett (que Joos joue lui-même) et un mellotron occasionnel, on ressent une musique finalement assez personnelle, à la fois intimiste, mélancolique, parfois plus joyeuse et pleine d'envolées orchestrales, épiques, majestueuses. Une musique remarquablement construite et arrangée, et exécutée de main de maître, qui doit aussi au folk en général, et donne parfois un tout petit clin d'œil à Jethro Tull (cf. le flûtiste, qui est quand même meilleur que Gabriel, et cet instrument bien plus présent que chez Genesis).

Seul "loafer jack", où le batteur du groupe a laissé les baguettes à Herman Rarebell (le batteur de Scorpions) qui est une connaissance, est assez joyeux et court. Une entrée en matière sympathique et très accrocheuse. Les 5 autres titres tournent plutôt autour de 7 minutes, de même que le morceau bonus "midsummer day".

Le groupe est un sextuor : Outre Joos (chant, guitares acoustiques), on compte un claviériste (Thomas Neuroth), mais aussi un flûtiste/claviériste à temps complet (Klaus Mayer), le guitariste/parolier Roger Weiler, Rainer Zimmer (basse) et Hans-Peter Schwarz (batterie). "Battlement" rappellera peut être occasionnellement aux plus connaisseurs les 2 premiers albums du groupe allemand Rousseau, mais il y a ici plus de puissance (beaucoup de solos instrumentaux assez complexes mais toujours très mélodiques, une section rythmique bien présente et vraiment très dynamique lorsqu'il le faut). Sa mélancolie, "Battlement" la porte en filigrane, pas de manière omniprésente. Il n'est pas question d'atmosphère tragique forcée, plutôt d'une certaine ambiance pastorale, aux relents passéistes. Cela n'empêche pas de nombreuses séquences plus enlevées, ou plus orchestrales. Le groupe a laissé pas mal de place aux parties instrumentales (où flûte et claviers dominent) et d'ailleurs, le morceau-titre n'est presque pas chanté tandis que le dernier, "zärtlicher abschied", ne l'est pas du tout.

Thomas Neuroth ne copie pas Tony Banks, utilisant à sa manière piano, moog, mellotron, piano électrique (et peu d'orgue en fait), le tout avec une certaine virtuosité et beaucoup de brio, et Mayer ajoute plutôt des sonorités plus froides, plus modernes et planantes avec ses synthés (encore une différence avec Genesis). Roger Weiler a dû écouter Steve Hackett mais possède un son électrique différent, un peu plus distordu (c'est peut-être là qu'on aurait pu opter pour une texture plus claire, et naturelle). Petit point faible : le son est un tantinet vieillot, même pour l'époque. Le remixage lui a redonné de la fraîcheur mais les textures (de synthés notamment) sont restées ce qu'elles étaient, inévitablement.

Au-delà de tout cela, c'est surtout le sens mélodique remarquable et une certaine émotion qui font de cet album une vraie réussite.

Gageons qu'avec le temps, Neuschwanstein aurait pris davantage de personnalité et aurait évolué à sa façon. Il y avait là beaucoup de talent, un premier album dont on sent bien qu'il est le fruit de longues heures de travail en groupe (rien de tel que de jouer des morceaux live pendant des mois avant de les enregistrer). De fait, même en ayant été enregistré en seulement 10 jours, "Battlement" affiche une maturité évidente…

Ceux qui le connaissent depuis longtemps et l'apprécient le considèrent probablement avec frustration en songeant à ce que ce groupe aurait pu devenir. Il nous reste seulement ce petit joyau perdu dans le fatras des rééditions et pourtant, c'est probablement l'une des toutes meilleures jamais réalisées par le label Musea. Allez l'écouter pendant qu'il en reste !

Marc Moingeon

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