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Paladin : Charge (1972 - cd - parue dans le Koid9 n°74)

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Chevaliers en quête de fortune

Roger Dean a eu une place prépondérante dans l?illustration des albums de art-rock, au-delà de Yes, Asia, Uriah Heep, Greenslade ou Gentle Giant. Plusieurs disques totalement oubliés ont même bénéficié de la patte de l?illustrateur. Nous allons aujourd?hui nous intéresser à deux d?entre eux, parus en 1972 et en 1974. Ces deux albums ont non seulement une pochette remarquable (à dominante de verts), mais ils demeurent deux réussites de crossover-prog dans la mouvance d?Uriah Heep (circa 1972/73). Autre similitude, en plus de la pochette et du style musical, la présence de l?excellent claviériste Peter Solley sur les deux ?uvres. En route donc vers les contrées lointaines de Paladin et de Gravy Train, deux formations protéiformes ayant abordé plusieurs styles musicaux en très peu d?albums?

Accès direct à Gravy Train

PALADIN
Charge
(Bronze/Esoteric, 1972)

Vous ne connaissez peut-être pas ce combo magnifique, mais le nom de son leader ne vous est sans doute pas étranger  : Peter Solley fut ensuite claviériste chez Snafu, Procol Harum et Whitesnake (entre autres). Paladin a eu une courte existence  : seulement 2 ans et autant d?albums qu?il convient de ranger dans le rayon des incontournables. Fin 1970, le batteur de jazz Keith Webb et le claviériste/violoniste de formation classique Peter Solley, tous deux musiciens du chanteur britannique Terry Reid, décident de créer leur propre groupe. Ils choisissent le nom Paladin, en référence aux chevaliers de la cour de Charlemagne. Très rapidement, ils produisent en 1971 un premier album réjouissant, à la pochette toute noire et composé de seulement 7 morceaux. La musique, très orientée jazz afro-cubain, peut rappeler les plus belles pages de Santana et d?Osibisa. Les multiples percussions de Webb sont mises à l?honneur dans des envolées percussives de grande classe (l?instrumental "dance of the cobra"), mais les autres musiciens ne sont pas en reste. Solley à l?orgue bien sûr, mais également Derek Folley (ex Grisby Dyke) à la guitare, Lou Stonebridge (ex Glass Menagerie) au piano et Pete Beckett (ex World of Oz) à la basse (soutien de poids aux percussions de Webb). Le côté tribal de "third world" peut agacer, mais le lancinant et santanien "bad times", le procolien "carry me home", le syncopé et inventif "fill up your heart", le jazzy "flying high" et l?instrumental arabisant "the fakir" (une reprise de Lalo Schifrin) sont autant de perles à s?enfiler les unes derrière les autres. "Paladin" sort sur Bronze (le label d?Uriah Heep, Colosseum et Manfred Mann?s Earth Band). Avec l?expérience, Paladin passe du jazz-rock ethnique au rock progressif à la croisée des genres avec son second album, le remarquable "Charge  !". En décembre 1971, Paladin s?enferme dans le studio des Beatles, Apple, avec Geoff Emerick aux manettes. Il demeure un fond de jazz-rock cubain, mais la musique de Paladin est désormais construite et maîtrisée. Dès le premier titre, "give me your hand" de 7mn, on peut se rendre compte de l?originalité de la formation qui offre un rock progressif rythmé, truffé de solos et de sonorités inventifs, mais également basé sur une mélodie magnifiquement chantée. Il n?y a pas de chanteur attitré chez Paladin et sur "give me your hand" deux voix se succèdent  : la première claire et haute, et la seconde plus rauque et éraillée. "well me might" est un boogie-rock plutôt réussi avec guitare slide, façon "spider woman" de Uriah Heep. Après un court instrumental où l?orgue est roi ("get one together"), Paladin prouve sa capacité à composer des chansons mélodiques comme "any way", "good lord" et "moonbeams", dignes des ténors du genre progressif, Moody Blues, Genesis et Uriah Heep en tête  ! L?album se termine par "watching the world pass by", composition de 7mn mêlant country-folk (l?harmonica de Stonebridge, le violon de Solley), avec éléments plus hard-boogie-rock  (guitare rageuse de Foley et rythmique ravageuse de Webb et Beckett). Assez jouissif? La pochette de l?album, peinte par Roger Dean aura plus de succès que l?album lui-même dont les ventes seront aussi faibles que celles de son prédécesseur. C?est bien dommage car Paladin se sépare rapidement, Solley rejoignant Snafu (le groupe de Bobby Harrison et Micky Moody). La réédition d?Esoteric Recordings contient plusieurs bonus  : des singles non édités sur album ("give my love to you", "sweet sweet music"), des versions alternatives ("any way", "sweet sweet music" et "well me might") et des morceaux du premier album en version instrumentale ("fill up your heart", "bad times"). Sous cette forme (72 minutes), "Charge  !" est absolument indispensable.

GRAVY TRAIN
Staircase to the day
(Dawn/Repertoire, 1974)

Gravy Train est l?un des premiers groupes à être signés par Vertigo en 1970. Norman Barrett, déjà connu dans le milieu pour avoir remplacé Jimmy Page au sein de Screaming Lord Sutch, est un artisan du riff qui tue. Sa voix peut être tantôt douce, tantôt éraillée et nasillarde. Il fait une OPA sur le groupe de reprises soul Spaghetti House et le rebaptise Gravy Train (terme populaire pouvant être traduit par "argent facile"). Il y a le batteur de jazz Barry Davenport, le flûtiste/saxophoniste et claviériste J.D Hughes, le bassiste Lester Williams. Le but de Barrett est de composer des morceaux originaux, ce qu?il fait avec "Gravy train", un album de blues-psychédélique qui sort début 1971. Quelques mois plus tard, Gravy Train va publier un chef-d??uvre de progressif qui va chasser sur les terres de Van Der Graaf Generator et de Jethro Tull. "A ballad of a peaceful man" (1971) est l?album du groupe à posséder si vous aimez climats aériens et symphoniques. La flûte est l?instrument phare de ce disque qui offre une première face bucolique, où folk pluvieux et progressif automnal typiquement british font bon ménage. On peut quasiment qualifier cette musique de rock de chambre avec présence de cordes, de hautbois et des ch?urs larmoyants  : les arrangements orchestraux sont signés Nick Harrison. "alone in Georgia" est une belle ballade, digne d?un classique du genre? sur lequel s?enchaîne le plus mystérieux "(it?s a ballad of) a peaceful man" (7?10) où la flûte évanescente nous conduit dans la lande anglaise. C?est beau, que dis-je magique, druides et autres magiciens celtes semblant être à nos côtés. Et ça continue dans la même veine ("jule?s delight", le tullien "messenger"). La seconde face est différente, plus hard-rock, avec toujours une influence tullienne (l?hymne "can anybody hear me  ?", le rugueux "won?t talk about it"), voire proche de Black Widow ("home again"). Chef-d??uvre, qui ne sera malheureusement pas suivi d?effet. Les ventes sont faibles et Vertigo se sépare de Gravy Train qui signe sur Dawn Records pour un "Second birth" (1973) peu marquant. JD Hughes quitte le groupe? Il faut attendre le quatrième et dernier album pour retrouver Gravy Train au sommet de son art. Norman Barrett a mis les moyens pour "Staircase of the day", créant une sorte d?all stars band pour l?occasion. George Lynon l?assiste aux guitares, John Hughes revient pour quelques interventions de flûtes et de mellotron, deux batteurs se partagent les percussions (Russel Cordwell et Jim Frank) et Peter Solley (de Paladin) fait son apparition aux synthétiseurs. Il en résulte un album plus puissant et direct, dans la mouvance d?Uriah Heep. "starbright starlight" avait tout pour devenir un tube de hard-rock seventies, "bring my life on back to me" s?avère une ballade dans la grande tradition, tandis qu?Uriah Heep reste toujours en toile de fond ("never wanted you" et surtout les 7?31 de "staircase of the day" aux faux airs de "july morning" avec le retour de la flûte magique de Hughes). Si "Staircase of the day" est plus simple et varié que "A ballad of", il devient également plus universel pour l?auditeur potentiel, fan de hard-rock seventies ("going for a quick one"), de folk anglais ("the last day" avec sa flûte irrésistible), de ballade au clavecin ("everything of my life", coécrite avec Hughes). Les fans d?expérimentations et d?extravagances progressives en ont également pour leur argent avec les 8?11 largement improvisées de "busted in schenectady". Malheureusement, il s?agit là du baroud d?honneur pour Gravy Train qui se sépare non sans avoir gravé deux singles (plus pop et funky avec présence de PP Arnold, de Bobby Harrison et d?un saxophoniste) qui figurent en bonus sur la réédition de Repertoire? Norman Barrett s?est ensuite lancé dans le rock chrétien pour une carrière encore plus confidentielle.

Paladin, Gravy Train  : deux noms largement oubliés dont il ne reste qu?une poignée d?albums pour nous souvenir d?eux. Les rééditions de "Charge  !" par Esoteric et "Staircase of the day" par Repertoire avec les peintures cultes de Roger Dean et moult bonus, n?attendent que votre écoute. Dépêchez-vous car ces éditions sont souvent limitées à quelques milliers d?exemplaires?

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