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Ritual : Think Like A Mountain (2003 - cd - parue dans le Koid9 n°46)

(943 mots dans ce texte )  -   lu : 71 Fois     Page Spéciale pour impression

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Encore un peu et on croyait le combo suédois disparu corps et biens, sacrifié au nom de la rentabilité sur l’autel du mercantile et cynique music business. Un O.V.N.I. de plus qui aurait laissé en 1995 un premier album éponyme magnifique ; une bombe de fraîcheur qui à l’époque avait secoué le monde du "progressive rock". Le deuxième album paru 4 ans plus tard était, à ce titre, emblématique d’un groupe qui avait tout donné dès sa première giclée. En effet, du savant et très personnel mélange d’influences telles que Yes, Led Zeppelin ou Queen à la touche folklo-ethnique de "Ritual", on passait avec "Super birth" à des compositions beaucoup plus directes, au son brut et sans fioritures et au travers desquelles le groupe réduisait pratiquement son champ d’inspiration à l’unique dirigeable plombé. Et bien que l’univers de Led Zeppelin n’en représente pas moins un passionnant terrain d’investigation, Ritual en perdait dans l’opération tout ce qui le rendait intéressant. Cette délicate décision de changement, une remise en question ressentie comme nécessaire à la recherche de l’essence même des chansons, explique la lente gestation de ce deuxième opus. Si on ajoute à cela les diverses activités annexes de ses membres, notamment la participation anecdotique de son chanteur et guitariste Patrik Lundström à l’édition 1997 du concours Eurovision de la chanson (on ne rigole pas !..), on comprend pourquoi ce groupe a mis autant de temps à nous pondre un nouvel album. Un intervalle qui finalement s’avère très régulier puisque "Think like a mountain" paraît à son tour 4 ans après son prédécesseur, son processus de création n’ayant pas échappé à la règle, puisque mis en chantier depuis plus de 2 ans. Autant dire qu’à l’annonce de la parution de ce nouvel effort, il était réconfortant d’apprendre que Ritual n’avait pas cessé son activité. Mais était-ce suffisant ? Bien évidemment le doute subsistait quant à la qualité de cette nouvelle livraison. Quelle direction avait choisie ce groupe au potentiel à la fois si prometteur mais aussi sérieusement entamé ? Il est possible de trouver un élément de réponse dans le titre de l’album. Non seulement celui-ci résume parfaitement le message écolo-philosophico-spirituel que le groupe souhaite délivrer, à savoir l’établissement d’un nouveau rapport entre homme et nature ; mais indique aussi, peut-être involontairement, qu’il est décidé à revenir à un certain niveau d’exigence. Dès que "what are you waiting for" déboule, premier titre à l’intensité toute communicative, on a le sentiment de retrouver un Ritual au meilleur de sa forme. Une impression qui ne sera pas démentie tout au long des 12 morceaux à l’inspiration renouvelée, malgré quelques petites baisses de régime. Toutefois même si les moments de pure magie sont, à mon sens, moins présents que dans le premier opus, on retrouve à nouveau ces mélodies envoûtantes et ces arrangements captivants dont seul le groupe a le secret. A ce titre le foisonnement de l’instrumentation contribue amplement à l’originalité de chansons qui, bien que ne renfermant que peu de parties instrumentales, voient un très net retour des velléités progressives. Outre les "rituelles" guitare, basse et batterie, les claviers de Jon Gamble opèrent un retour en grâce salvateur et nourrissant. La touche folk est comme à l’accoutumée apportée par les bouzouki, dulcimer et autres flûtes du bassiste Fredrik Lindqvist, alors qu’un quatuor à cordes et un violon électrique sont invités à élargir davantage la palette sonore du groupe. Bien sûr, les influences sont toujours présentes. A commencer par Led Zeppelin dont l’ombre plane dans la séquence orientalisante de l’intro ou dans les morceaux acoustiques à dominante folk tels que "once the tree would bloom" ou l’instrumental "on". Sa facette électrique n’est pas oubliée : la rythmique appuyée du court épique "mother you’ve been gone for too long" (un des sommets, c’est le cas de le dire, de l’album avec son violon hypnotique), alors que les cordes et la jubilatoire progression de "infinite justice" ont quelque chose de "kashmir". En revanche l’empreinte de Yes semble avoir quasiment disparue, à peine le morceau titre nous laisse-t-il entendre le résultat d’une jam hypothétique avec Gentle Giant, alors que la tournure pop-rock du nouveau répertoire fait surgir celle, plus évidente, des Beatles. Influence que l’on retrouve au détour de "breathing", évoquant à la fois "strawberry fields forever" et "while my guitar gently weeps", ou bien dans "explosive paste" à la rythmique proche d’un "I’m the walrus". Toutefois il ne faut pas voir dans la citation de toutes ces références une absence totale d’originalité et de créativité. Malgré un passage à vide rencontré il y a 4 ans, les membres de Ritual nous prouvent à nouveau comment ils parviennent à s’en affranchir, notamment grâce à leur talent de compositeurs mais aussi avec une interprétation très convaincante. Notamment celle de Patrik Lundström qui assure très honnêtement son rôle de guitariste avec des parties souvent assez (ou faussement ?) simples mais avec une redoutable efficacité. Celui-ci peut vous faire tourner un riff au groove implacable avec seulement 2 notes. Mais ce n’est rien à côté de ses splendides parties vocales qui, à chaque détour de la mélodie, font surgir l’émotion brute. Un chanteur fabuleux à la voix à la fois souple et lumineuse, dont le timbre n’est pas sans rappeler celui de l’illustre Freddy Mercury. De son côté, Johan Nordgren n’est pas en reste, avec son jeu de batterie revigorant, où précision et dynamique apportent les piments indispensables au cocktail de chansons inspirées et colorées que nous propose ce quatuor de rock ingénieux. Voilà bien une des plus belles façons pour lui de revenir au premier plan tout en restant aussi attachant.

Eric Verdin




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