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Runaway Totem : 4 Elementi 5 Esameron (2007 - cd - parue dans le Koid9 n°61)

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Pour ce 6è album, nos italiens, Roberto Gottardi alias Cahäl de Bêtêl et Germano Morghen alias Tipheret en duo depuis "Pleroma", se sont séparés de Muséa et ont créé leur propre label "Runaway Totem Records". Ils ont transformé leur vieux studio en un labo moderne équipé de nouvelles technologies et se sont lancés le défi de transfigurer en musique le savoir, le message des Anciens, nos Maîtres en lesquels ils croient. Tel Magma et Kobaïa, Runaway Totem a ses mentors dont ils seraient les hérauts et pour simplifier leur postulat, ils croient en la force créatrice des nombres et à leurs interactions afin d'élaborer pentagrammes et autres tétragrammes aux pouvoirs mystiques.

Runaway Totem vous présente donc "4 elementi 5" et son premier mouvement "esamaron".

4 morceaux pour 69'40" qui, même s'il existe un vide entre les plages, s'enchaînent parfaitement.

Ca débute par "de cause prime" (21'12") et son intro très emphatique, des samples de mellotron, des voix en chœur, la musique pourrait presque renvoyer à des bandes son de péplums ou de séries genre Stargate. Le dépaysement est assuré, on retrouve pourtant le style de Runaway Totem même si il a encore beaucoup évolué depuis "Pleroma" (2004).

Réduit à tort selon moi à l'étiquette du Magma italien, Runaway Totem a été par facilité classé Zeuhl, mais mérite une aura plus grande. La force de R.T., c'est de n'être que deux et à deux, ils doivent faire le maximum. Point d'éparpillement, on va à l'essentiel des émotions mais ceci n'exclut pas une très grande richesse d'écriture et de sonorités (xylo, cuivres par exemple).

R.T. s'engage davantage dans l'expérimentation mais on sent que la ligne directrice dans laquelle on veut emmener l'auditeur doit être suivie.

"Plemora" avait quelque chose de sombre et d'oppressant, pour l'instant, celui-ci se veut "sacré".

Sur "ombra alata" (8'14"), le travail sur les vocaux ou sur les samples est impressionnant.

Sacré, oui, c'est le mot. Toujours difficile de créer la musique idoine avec ses idées, son concept. Ce concept album autour des Anciens de la création est plein de la grandeur, du respect, et de la foi qu'il veut décrire.

Musicalement, Runaway Totem s'est encore transcendé, pour offrir et défendre ses idées ; le caractère urgent, épileptique est toujours là, les lignes de guitare en fusion aussi, et pourtant à l'instar du "Olias of sunhillow" de Jon Anderson, on a l'impression d'avoir le témoignage d'une musique extraterrestre. L'abondance de claviers et de synthés y est pour beaucoup ainsi que le traitement du son.

Ainsi reviennent ces voix graves et impressionnantes en italien (pourrait être en latin) sur "lux" (16'28") renforçant le caractère mystique voire initiatique de la musique… Après une première partie avec des lignes mélodiques itératives, on se retrouve dans une sorte de musique profane, religieuse où la même note d'un piano résonne comme le glas précédant la naissance du Mal.

Une musique créative d'images, qui fait fantasmer le cerveau de l'auditeur.

"O infinito 1" (23'46") est le dernier morceau et encore cette grandiloquence en intro de par l'utilisation emphatique des voix et des claviers.

Pourtant, on a l'impression d'un dialogue intime, que la musique ne s'adresse qu'à vous, comme s'il ne devait y avoir que vous à initier. C'est très fort, très réussi parce que si chaque personne qui l'écoute le ressent comme ça…

Musique sacerdotale ayant son rôle à remplir, les sons produits pour nous convaincre sont extraordinaires, très hypnotiques. Dans une église, tout a été conçu pour vous capturer (les jeux de lumières, les espaces, les orgues…), là c'est pareil !

Une fois attrapé, la musique ne vous lâche pas, insidieuse, telle un liseron autour de l'arbre qu'il va squatter. Sensation bizarre de douceur inconfortable. Une chose est sûre, ces deux musiciens ont encore plein de choses à dire et c'est une bonne nouvelle, et ce sous-titrage de l'album "1° movimento" en appelle forcément d'autres.

Même si j'ai parfois l'impression d'entendre un requiem et d'être dans une procession funèbre, le propos n'est pas musicalement sombre, on est loin des climats froids d'Anglagard ou d'Anekdoten.

De longues minutes presque atmosphériques (12-17) laissent la place à un basculement syncopé sur le final.

Le précédent album avait déjà mis la barre très haut, le 2è movimento va être prodigieux. Profitez bien de celui-ci, fan de Runaway Totem, c'est un immense cru. D'autant que le groupe a malheureusement annoncé qu'il renonçait à jouer live désormais.

Vous ne connaissez pas encore Runaway Totem ? Entrez, franchissez le seuil du temple, on vous attend…

La musique de Runaway Totem est tellement pernicieuse qu'elle en flatterait de bas instincts…

Bruno Cassan




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