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Thieves' Kitchen : The Water Road (2008 - cd - parue dans le Koid9 n°66)

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Après "Head", "Argot" et "Shibboleth" il aura fallu cinq ans à nos Anglais pour sortir ce 4ème album qui compte 8 morceaux pour 73 minutes.

Toutefois quand je dis "Anglais", il faut y ajouter un nouveau venu suédois, l’ex Änglagård Thomas Johnson qui remplace aux claviers Wolfgang Kindl et qui va aussi seconder le guitariste Phil Mercy sur six compositions ce qui va de fait modifier un peu profondément la musique de Thieves Kitchen.

La preuve intervient dès les premières secondes de "the long fianchetto", superbe pièce de 20mns57.

Une belle ligne de piano en entrée et quelques balais de batterie introduisent une atmosphère jazzy que vient démentir une nappe ténébreuse de mellotron sur laquelle se greffe la guitare de Phil Mercy. Chacun trouve vite sa place, la mayonnaise prend très vite. Thieves Kitchen a mûri et offre beaucoup plus de subtilités qu'auparavant, le côté jazz-rock du troisième album devient plus jazzy tout en côtoyant des claviers genesiens et une superbe partie symphonique, guitare en tête rappelant le meilleur de Spock's Beard.

Apparaît la très touchante voix d'Amy Darby rappelant dans l'esprit la chanteuse du défunt Solstice, groupe des débuts 80 issu de la scène Twelfth Night, IQ, Haze, etc…

Elle possède la chaleur d'un Jon Anderson et sa douceur enveloppe la musique d'un drap de satin magnifiant les notes de ses acolytes.

Le jazz-rock côtoie le prog, mais un jazz-rock non pas aventureux, prise de tête, mais tout en finesse, servant de tremplin aux développements progressifs où les claviers et guitares s'entremêlent ou s'affrontent.

Si j'aimais bien ce groupe jusqu'à présent, là j'avoue qu'il me touche.

Cet album sonne clairement "british", il y a un je-ne-sais-quoi qui persiste de l'héritage des Renaissance ou des Strawbs, de l'école de Canterburry aussi mais c'est surtout le côté mélodique qui est précieux ici. Les envolées sont bien sûr superbes, mais si j'osais je dirais que c'est dans les passages lents qu'il s’y passe le plus de choses, comme si la musique prenait corps à chaque mini thème ou sous-entendu. C'est paradoxal, car moi le premier, je n'apprécie en général pas ces attentes parfois obligées du futur moment enlevé…

Tout ceci est aussi permis grâce au solide jeu de batterie de Mark Robotham, le parallèle avec Bill Brufford me vient très vite, la façon de frapper ou la tension des peaux peut-être.

"Returglas" et ses 4 minutes introduisent une flûte tenue par Anna Homgren elle aussi provenant de la famille Änglagård et une clarinette (Amy Darby, les cuillères, c’était déjà elle) et une piste genre folklore russe s'opposant à une fièvre sur fond de theremin (encore Amy) et de sonorités de mellotron.

Sur "Chameleon" Amy devrait toucher les amateurs de Iona ou de Mostly Autumn, car elle véhicule cette même impression vaporeuse ou champêtre et bucolique telle qu’on les retrouve quelquefois dans les groupes de rock celtique.

Un sax soprano et un hautbois (Paul Beecham) renforcent cette atmosphère où tout, comme l'utilisation de cuillères sur le morceau précédent, me rappelle Caravan, voire Camel. Vers 5mns15 une sublime ligne de clavier (mellotron) nous ramène vers le Genesis de "Foxtrot", ces sonorités vous serrent le cœur, la gorge, les poils se hérissent, en un mot vous êtes ému. C'est plutôt un mid-tempo, mais gorgé de sucres et de sensibilité, la guitare y mettant elle, plus de sensualité.

C'est un bouillonnant jazz-rock électrique qui nous est asséné en intro de "om tare", se muant presque à un développement guitaristique à la Satriani, alors que des nappes de claviers et la voix d'Amy un poil "vocoderisée" tentent vainement d'apaiser la paire rythmique et la guitare qui ne demandent qu'à guerroyer…

A 4mns30 énorme passage hard / jazz-rock où les Dream Theater n'ont qu'à bien se tenir, même si, ce n'est jamais violent ou agressif mais revendicatif plutôt.

Avec "tacenda for you" Johnson use de ses nappes de claviers tel qu'il les exploitait dans Änglagård, mais ce sans noirceur aucune, au contraire la tonalité est beaucoup plus lumineuse.

Morceau assez lent et selon quasiment le même schéma sur tous les morceaux, une atmosphère ouatée laisse la place à un univers plus nerveux où la guitare est toujours volubile quand ce ne sont pas les claviers qui s'envolent…

Ce morceau toutefois n'atteint pas la hauteur des autres sauf sur le jeu de la batterie qui est assez jubilatoire à suivre.

A partir du sixième titre "when the moon is in the river of heaven" et ce jusqu’à la fin, c’est presque à un autre disque auquel nous avons affaire car en effet, les morceaux vont être plus climatiques avec beaucoup moins d’envolées et de thèmes expansifs pour une impression plus mélancolique.

La flûte d'Anne a un pouvoir d'émotion redoutable sur cette intro mais le reste est très lent et les différents passages ont un côté redite, personnellement je n'aurais pas intégré ce morceau si ce n’est qu’il amène logiquement aux 2mns35 de "plaint", minimaliste et prenant avec sa voix et sa contrebasse, lui-même préambule de "the water road" et de ses 11mns09.

Vous retrouverez ici ce que vous aimez chez Änglagård, Sinkadus, Anekdoten et toute cette école du prog ténébreux, et ce dans les atmosphères engendrées par les claviers. Mais flûte, hautbois et guitare acoustique vont contrebalancer cette impression, attirant vers le côté clair de la force.

La voix d'Amy est elle tentée par les deux côtés et suit qui l'entraîne…

Le groupe a manifestement élevé son niveau, la plus grande implication musicale d’Amy Darby n’y est pas étrangère ainsi que l’arrivée d’un nouveau clavier. Mais durant ces cinq ans de genèse du projet, les musiciens ont eux aussi pris cinq ans et leurs propres goûts se sont prononcés ou ont changé et cela s’entend par un propos plus fin, voire plus cérébral, plus élaboré, sachant exactement ce vers quoi ils veulent tendre.

Le plus "adulte" des quatre albums assurément, le meilleur probablement en tous cas sur sa première moitié, la seconde étant plus affaire de préférences…

Thieves Kitchen dont vous pourrez enfin profiter "live" si vous vous rendez à l’Olympia le 3 novembre 2008 pour "A trick of the tail", le nouveau spectacle de The Musical Box dont ils assureront la première partie ; juste avant ils seront le 1er novembre au Freak Parade Festival de Wuerzburg en Allemagne et la veille chez nos amis du Spirit of 66 de Verviers.

Bruno Cassan




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