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Deluge Grander : August In The Urals (2006 - cd - parue dans le Koid9 n°62)

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Le groupe américain Cerebus Effect a déjà publié 2 EPs en 2002 et 2003, suivis de l’album studio "Acts of deception" en 2005. Leur style consiste en un rapprochement ambitieux entre jazz-rock et métal. En parallèle de ce groupe, son claviériste Dan Britton a proposé au batteur Patrick Gaffney de se lancer dans un nouveau projet qui accentuerait la dimension symphonique de la musique et dont il avait déjà commencé à écrire des éléments. Le guitariste Dave Berggren et le bassiste Brett d'Anon sont ensuite venus renforcer l’équipe de Deluge Grander. Par ailleurs, plusieurs musiciens (saxophone, xylophone, trompette, flûte et vocaux) sont venus leur prêter main forte pour aboutir à ce premier album doté d’une grande richesse musicale. D’entrée de jeu, on s’aperçoit qu’on est dans la cour des grands, car la musique développée est très technique. Pas d’élément métal à l’horizon, on comprend donc la raison de se démarquer de Cerebus Effect. Et la dimension rock est prépondérante sur la coloration jazz.

Ca commence fort avec un "inaugural bash" qui dure 27 minutes. Les ambiances tout en mode mineur nous invitent dans un univers sombre et mystérieux. La construction est fluide, ce qui est la marque de musiciens confirmés, et l’interprétation très énergique et parfois véloce. Pour la couleur de fond , disons clairement qu’on a davantage l’impression de se promener sur les bords poisseux du Loch Ness que d’écouter la Traviata sur une gondole à Venise. Quelques vocalises vaguement zeuhl et de rares passages dissonants viennent renforcer l’aspect "joyeux drilles". Pour ne pas nous perdre, des thèmes récurrents sont incorporés et les breaks sont fréquents. A un moment donné, une accalmie pointe le bout de son nez, et on réalise qu’on est au beau milieu d’une messe noire. Le chant qui navigue entre sépulcral et liturgique est porté par un orgue solennel. Le rythme se fait lancinant. Un sacrifice va avoir lieu. Peut-être en serez-vous la victime… Bon, pas facile comme entrée en matière, mais c’est vraiment étonnant et très bien fait. Il faudra de nombreuses écoutes pour en tirer toute la moelle épaisse. A ce stade, on regrette que le son soit aussi terne : une telle musique complexe et touffue aurait besoin d’un meilleur traitement pour être appréciée pleinement, et mettre en valeur la qualité du jeu de chacun.

Ensuite vient le morceau titre de 16 minutes qui nous accueille cette fois dans un cocon de douceur et de lumière. On respire un peu mieux. On a droit à d’intéressants passages d’orgue Hammond et de Mellotron, et les tonalités acoustiques ne sont pas oubliées. Le départ mélancolique va évoluer vers plus de fermeté avec des interventions de piano. Il est dommage que des parties chantées viennent faire retomber le soufflé de temps à autres, d’autant que la voix de Dan Britton se fait exagérément grave, presque sinistre et monotone, ou peut-être l’est-elle naturellement."Abandoned mansion afternoon" poursuit dans cette veine aventureuse, sombre, technique et modérément torturée.

Mes morceaux préférés, et qui me semblent les plus attrayants, restent les 2 derniers, sans doute aussi du fait de leur aspect purement instrumental. "A squirrel" (9’) qui démarre ouvertement en jazz-rock avant d’élargir son spectre, délaisse pratiquement tout aspect triste et obscur. Il est même très entraînant du fait d’une section rythmique volubile, de claviers virevoltants dont le Clavinet, façon Gentle Giant. Les guitares s’y montrent plus distordues, crimsoniennes. "The solitude of miranda" (7’) qui clôt l’album, accroche lui aussi immédiatement avec sa guitare hispanisante. On retrouve toujours cette sensation dynamique de mouvement permanent. La voix fait une brève apparition, mais cette fois au travers d’effets vocaux fantomatiques bien réussis et bien intégrés.

En bref, on a deux facettes, l’une assez obscure, l’autre plus lumineuse dans un même écrin musical. Le résultat faisant partie de ces albums que l’on apprécie d’apprivoiser progressivement au fil des écoutes. Néanmoins, je note 2 points à améliorer pour approcher la perfection : la production et le mixage un peu faiblards, et surtout les parties chantées (à abandonner ?). Mais ce n’est vraiment pas rédhibitoire au regard de la qualité de tout le reste.

Michael Fligny

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