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Echolyn : Mei (2002 - cd - parue dans le Koid9 n°44)

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Rien ne nous aurait préparé à cela !

Bien sûr, Echolyn compte parmi les fers de lance de la musique progressive, mais malgré sa grande qualité, le groupe, fraîchement réunifié depuis ses mésaventures avec Sony et les projets personnels de chacun, ne nous avait offert qu’un joli disque en 2000, "Cowboy poems free". Un disque spontané, dans la lignée stylistique des précédents (ce mélange inimitable de jazz, de pop, et ces chœurs si distinctifs), mais auquel il pouvait manquer de la profondeur. En auditeurs chevronnés, l’on pouvait en attendre plus d’un groupe dont le talent unique n’est plus à démontrer.

Or, voilà qu’à présent, le groupe dont l’une des caractéristiques était la densité et la concision (à l’exception de "a suite for the everyman", et ses 36 minutes, réparties en 11 plages sur "Suffocating the bloom", pour ce qui est de la concision), nous offre un album composé d’un seul titre, à mi-chemin entre le poème lyrique et le road trip.

"Mei", morceau de 49 minutes, rend la découverte du nouveau Echolyn plus difficile à cerner qu’à l’habitude. L’aspect pop de ces mélodies up-tempo et revigorante est ici pour ainsi dire absent, le propos est à la fois triste, rageur, désabusé, nostalgique et enfiévré.

"Mei", c’est avant tout un voyage, le voyage métaphorique d’un homme traumatisé et nostalgique, qui constate autour de lui tous ces changement, qui traduisent une blessure qui dépasse, et de loin, sa propre personne. Les événements du 11 Septembre semblent évidemment être la cause de ce traumatisme. Mais au-delà de cela, la plus grande peine, le plus grand désespoir de cet homme, c’est d’être finalement incapable d’évoquer un souvenir précis de ce que c’était "avant".

"Mei", c’est aussi et surtout une déclaration d’amour formidablement émouvante à l’Amérique.

Aussi, n’est-ce pas si surprenant de voir Echolyn, passé l’introduction calme et jazzy, sonner aussi "américain", avec ses passages aor ou west-coast, entre deux solos d’orgues et de guitare ! Pour autant, les attributs stylistiques du groupes restent présents, sans jamais tomber dans une quelconque redite. Si encore une fois, le mariage avec sa section de cordes habituelle est une grande réussite, on pourrait juste reprocher à Brett Kull de s’effacer un peu trop devant les claviers de Chris Buzby sur l’ensemble du disque, comme sur le précédent. Mais les stars de cet album sont indéniablement Ray Weston, dont l’émotion et la puissance ne sont plus à démontrer, et Paul Ramsey, tout à tour sobre et éclatante, qui se pose une nouvelle fois en batteur de tout premier plan.

Bien sûr, pour le confort d’écoute, il eût été plus appréciable que le morceau fût découpé en 3 ou 4 plages, ce que sa structure permet sans risquer un crime de lèse-majesté, mais à défaut, l’on se contentera de déguster ce chef-d’œuvre difficile dans la douleur, à mille lieux fort heureusement des peines qu’il décrit de manière si poignante.

"Mei" apparaît donc comme un ovni dans la carrière du groupe, tout comme dans le paysage progressif, pourtant essentiellement peuplé d’ovnis, bien que la parenté stylistique avec le reste de la carrière d’Echolyn soit flagrante; un disque hommage, d’une rage et d’une tristesse incommensurables; un album inoubliable.

Mais à trop contempler les abîmes, les abîmes finissent par vous rendre votre regard. Souhaitons donc aux musiciens d’Echolyn de se détacher rapidement de cette vision et de retrouver un peu de leur légèreté et leur joie communicative.

Daniel Beziz




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