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Engel : Engel (2003 - cd - parue dans le Koid9 n°45)

(1081 mots dans ce texte )  -   lu : 103 Fois     Page Spéciale pour impression

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Si Michel-Ange est unanimement reconnu pour son immense talent de peintre et de sculpteur, on oublie souvent qu’il fut également dessinateur, poète et architecte, et qu’il se paya le luxe de cultiver cet éclectisme artistique 75 ans durant.

Quelques six siècles plus tard, et voyageant de l’Italie à l’Espagne, me voici amené à vous entretenir de Miguel Angel De La Llave Jimenez, auteur en 2002 d’un premier disque sobrement intitulé "Engel".

Quel rapport me direz vous ? Eh bien il y a me semble-t-il quelque chose de florentin dans l’éclectisme que notre artiste espagnol déploie au service de son art, la musique.

Miguel Angel s’acquitte en effet sur ce premier album du violon, de la cornemuse, de l’harmonica, du xylophone, des claviers, de la basse, des percussions et de la guitare, excusez du peu !

Il va sans dire que la composition et les arrangements sont également du fait de Miguel, tout comme il va sans dire, mais mieux en le disant, que Miguel Angel joue admirablement de tous ces instruments pourtant tellement différents les uns des autres. Le grand Prince lui même est presque battu à ce petit jeu !

La première œuvre de notre multi-instrumentiste, qui se compose de 12 morceaux, inclut la participation de chanteuses (s’exprimant en anglais) et d’un chanteur (Miguel Angel lui même je suppose, sur la seule chanson contenant quelques déclamations en espagnol), mais il faut bien admettre que le propos d’Engel est majoritairement instrumental.

Cette impression est d’ailleurs confortée par un certain sous-mixage des sections vocales ; il faut souvent en effet tendre l’oreille pour parvenir à comprendre les paroles.

La chose est sans doute intentionnelle, mais c’est un peu dommage à mon sens car à bien y prêter attention l’accent anglais des interprètes féminines est très correct.

Cette réserve somme toute mineure ne saurait occulter l’indéniable beauté de cet album, dont le style musical pourrait s’apparenter, pour schématiser, à un Mike Oldfield mâtiné de Mostly Autumn, sympathiques références s’il en est !

La musique de Miguel Angel De La Llave Jimenez (… coutume espagnole que d’adopter les patronymes du père ET de la mère …) est donc globalement d’essence plutôt celtique, mais pas seulement comme nous allons le voir, et c’est là tout l’intérêt de cette œuvre.

A tout seigneur tout honneur, Commençons avec "yo" ("moi") et ses cloches "Oldfieldiennes", agréable morceau chanté qui réussit son pari en convainquant sans peine l’auditoire de s’installer confortablement dans un fauteuil pour savourer la suite, incarnée en l’occurrence par "la princessa de las ranas" ("la princesse des grenouilles"), un excellent morceau instrumental de 5 minutes auquel j’ai peine à trouver quelque défaut majeur.

Le caractère celtique a été tellement bien assimilé par Miguel Angel que "un dia nublado" ("un jour nuageux"), à nouveau chanté, nous donne vraiment le sentiment d’évoluer dans les Highlands, tout comme le titre éponyme suivant : cornemuse, flûte, tambourins, autant d’instruments que l’on est surpris de voir aussi bien maîtrisés et intégrés par un artiste ibère, qui les émaille de ci de là de sonorités orientales ou indiennes, sur "el rostro de Ajanta" ("le visage d’Ajanta") morceau aux accents indiens dédié à sa mère.

Parmi les instruments modernes, la guitare électrique est utilisée de sorte qu’elle se fond dans le paysage qu’a composé Miguel sans en compromettre le délicat équilibre, au même titre que le piano.

Sur "el niño que hablaba con el viento" ("l’enfant qui parlait avec le vent"), tout comme sur "el ultimo viaje del galeon" ("le dernier voyage du galion"), la flûte, magnifique entre les mains de Miguel Angel, est idéalement soutenue par les percussions, et relayée dans ce dernier morceau par un accordéon apportant sa touche de chaleur et confirmant à quel point cet instrument peut s’avérer magnifique lorsqu’il est utilisé à bon escient.

Miguel ne pouvait eu égard à ses origines manquer de faire honneur à la guitare classique, et c’est ce dont il s’acquitte avec élégance et grâce sur l’introduction du bien nommé "felices sueños" ("joyeux rêves"), avant que les nappes de synthétiseur et d’orgue ne viennent compléter le propos onirique de ce morceau instrumental tout aussi inspiré que ses prédécesseurs, dans un style toutefois assez différent puisque la référence celtique s’est provisoirement envolée.

La cornemuse et la flûte sont de retour avec "una imagen para el diablo" ("une image pour le diable"), morceau au rythme lent chanté en espagnol, et qui permet à Miguel Angel de durcir un peu le ton à la guitare électrique durant quelques instants avant que le violon ne vienne rasséréner son propos.

Les rythmes africains de "el pajaro azul" ("l’oiseau bleu"), mâtinés de flûtes andines, cèdent bientôt à nouveau le pas aux instruments celtiques avant que la guitare ne vienne ajouter à nouveau sa touche de modernité, la fusion de l’ensemble ne souffrant une fois encore aucun reproche.

Ce morceau est finalement emblématique de l’ensemble de l’œuvre, que l’on pourrait qualifier de rock, world ou celtique selon la sensibilité de chacun mais qui surtout réussit le pari fou de mêler toutes ces cultures en un même creuset duquel s’écoule une pâte à l’onctuosité parfaite, dont tout grumeau a définitivement disparu.

Miguel Angel ose même l’harmonica sur l’avant-dernier morceau, "recuerdos de mi habitation" ("souvenirs de ma maison") toujours avec le même bonheur, avant que de conclure sur "fin" (devinez !) sur fond de flûtes de pan.

Miguel Angel De La Llave Jimenez a assurément trouvé la "clef" (… "llave" !) ouvrant la porte de la fusion des cultures au bénéfice de la musique, avec un grand "M", que j’oserai qualifier de progressive, avec un grand "P" !

Engel est de prime abord très agréable à écouter. Mais cette fausse impression de simplicité, voire de légèreté, s’efface vite après 2 ou 3 écoutes qui révèlent à quel point fusionner toutes ces cultures avec autant de naturel a du s’avérer complexe, et l’on ne peut alors que s’incliner devant le talent de son auteur.

Alors levez donc les yeux (et tendez l’oreille !) vers la chapelle Sixtine de Miguel Angel, vous ne serez pas déçu(e)s du spectacle !

Serge Llorente




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