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Fish : 13th Star (2007 - cd - parue dans le Koid9 n°65)

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Notre homme se départira-t-il un jour de cette rage qui n’a cessé de l’animer depuis que nous le connaissons ? Faut il le lui souhaiter d’ailleurs, tant cette hargne, cet engagement, ont de tout temps été emprunts de sincérité et contribuent, sans doute, à maintenir la bête en vie ?

Et après tout, n’est-il autre qu’un fidèle témoin de son époque lorsqu’il narre le caractère illusoire de ces actes que chacun se doit de répéter à l’envi chaque jour, puis le jour suivant ? Le Highlander s’en ouvre dès "circle line" et son rythme syncopé pour mieux rappeler cette succession d’instants absurdes, le phrasé agressif de Fish soutenu par les riffs saturés de Chris Johnson décrivant le périple d’un fantôme évoluant parmi ses contemporains accaparés par leurs propres préoccupations.

"Square go" lui fait parfaitement écho par sa noirceur tout aussi appuyée, régulièrement tempérée par une voix à présent apaisée qui témoigne de la fatigue du narrateur qui ne peut se résoudre à abandonner le principal, l’espoir d’un amour et la promesse de milliers de baisers susurrée sur le romantique et tendre "miles de besos". Mais viendra-t-elle, traversera-t-elle l’océan pour panser ses douleurs ?

Qu’à cela ne tienne, il mènera sa propre quête, que l’on devine onirique, dans les rues, le métro et des échoppes de Londres à la recherche de Zoë, sur le très élégant "Zoë 25" faisant la part belle au piano, symbole par excellence du romantisme.

Et de constater que c’est vers le registre du sentiment et des émotions (que l’on devine personnelles) que Fish choisit finalement assez vite d’orienter ce 8ème album de sa discographie solo, Fish qui à 49 ans témoigne encore d’une fougue d’adolescent.

On peut dès lors raisonnablement penser que la scène nuptiale d’"arc of a curve" fait référence à un futur que le fougueux écossais appelle de ses vœux plutôt qu’à son expérience matrimoniale passée.

Faire un bout de chemin ensemble comme l’évoque le titre, se déclarer la flamme et croire en son éternité, telle est la trame de ce morceau aux textes assez naïfs et à la mise en musique de circonstance, cœurs féminins inclus et cascades cristallines au piano.

Un titre qui s’il n’est pas le plus rock ni le plus enlevé de la carrière de ce géant au cœur tendre, traduit bien le besoin de marquer une pause, de croire en un avenir radieux avant que le naturel ou le pragmatisme, c’est selon, ne reprennent leurs droits avec le hargneux "manchmal" (masturbation …), interprété et joué avec l’agressivité qui échoit à ce morceau évoquant notre condition d’animal.

La tortue et le scorpion, pouvons nous réellement faire confiance à ceux dont nous avons pourtant besoin pour franchir le gué ? Et le héros de tourner à nouveau en rond comme sur le titre d’introduction, confronté aux dures réalités de l’existence et aux choix cornéliens qu’elle nous impose, "it’s time to choose between the open water and your dreams" nous rappelle-t-il amèrement.

"Manchmal" n’est pourtant pas si agressif, musicalement parlant, le long crescendo mené par la guitare et la batterie servant le propos désabusé de son narrateur jusqu’au titre suivant, "openwater", qui décrit la détresse du Poisson à nouveau seul au milieu du Grand Large, détresse paradoxalement servie par le morceau le plus rythmé et le plus entraînant du dernier opus de Derek.

Cette nouvelle impasse amoureuse fait voler en éclat les images édulcorées et messages d’espoir encore prégnants dans nos esprits. Un océan de solitude sous de tristes cieux que de sombres étoiles ("dark star") peinent à présent à éclairer. Appartement vide, pas même de temps pour les adieux, la joie éphémère distillée quelques titres plus haut s’en est bel et bien allée. Titre très rock que ce "dark star" pour le coup, les riff agressifs et soli haut perchés de guitare naviguant avec naturel sur un rythme lent émaillé par les interventions désespérées du narrateur.

Et enfin le calme à nouveau sur "where in the world" où l’on entend Fish déclamer "à cette époque l’année dernière j’étais amoureux, c’était un rêve, nous rentrions à la maison". Cet avant dernier titre finit, juste avant que le rideau ne tombe, de lever tout doute quant au caractère globalement autobiographique de cet album, en narrant avec beaucoup de pudeur ce qu’a été (mais surtout aurait pu être) la vie avec Heather Findlay, voix de la formation Mostly Autumn de plusieurs années sa cadette. Au passage le titre "Zoë 25" (Zoë, 25 ans) prend tout son sens ….

Il ne s’agit pourtant pas d’une bluette, tant les reproches et l’incompréhension y sont explicitement exprimés "I wonder why you walked away, just what I‘ve done ?". L’homme , entier comme à son habitude, y exprime ouvertement sa peine avant que d’introduire le dernier titre éponyme de "13th star" sur ces mots "with a heart full of sky …" (soit le titre du dernier album de Mostly Autumn paru en 2007…) en même tend qu’il tend une dernière fois la main à Heather en achevant l’album sur ce poignant message personnel "if I showed you the stars would you follow, let me show you the way to the thirteen star”.

Vous l’aurez compris, "13th star" est empreint d’une humanité et d’une sincérité qui en font un album à part dans la discographie de notre écossais favori, qui d’une certaine manière (signe des temps modernes ?) nous donne à jouer les témoins de ses affres sentimentales.

Serge Llorente




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