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Mats Morgan : On Air With Guests (2003 - cd - parue dans le Koid9 n°45)

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Alors que le "buzz" autour du duo suédois se fait de plus en plus important, il me semble urgent d’en parler dans les pages de Koid’9, fanzine dont la volonté d’éclectisme n’est plus à prouver. Un intérêt très certainement avivé par leur premier concert en France, en l’occurrence au festival Nancy Jazz Pulsations d’octobre dernier. Cet événement était accompagné de la sortie d’un nouvel album, lui-même enregistré "live", mais dans des conditions bien particulières comme nous le verrons plus bas. Mais tout d’abord une question cruciale se pose à ceux qui, hélas, ignoreraient encore l’existence de ce phénomène culte : comment rendre compte au plus juste de leur musique ? La tâche est d’autant moins aisée qu’il est difficile de la définir. Il faut avant tout savoir que c’est leur passion commune pour la musique de Frank Zappa qui est à l’origine de la réunion de Mats Oberg (clavier) et Morgan Agren (batterie) au tout début des années 80 alors qu’ils n’ont alors que respectivement 10 et 13 ans. Après lui avoir consacré un groupe de reprises, c’est en 1988 qu’ils connaîtront leur heure de gloire en jouant avec le maître lors du passage à Stockholm de sa toute dernière tournée. Puis en 1991, on fera naturellement appel à eux pour intégrer la formation qui donnera à New York un concert en hommage au moustachu subversif et que l’on retrouve sur l’album "Zappa’s universe". Après leur participation à de nombreux albums dont ceux de leur compatriote Simon Steensland, ils sortiront enfin leur premier album studio, "Trends and other diseases" en 1996 puis un second l’année suivante, le double "The music or the money…". Suivront les parutions d’archives regroupant des enregistrements de jeunesse ("The teenage tapes") et d’une version remixée de morceaux de 1992 ("Radio da da") sur Ultimate Audio Entertainment, le label créé par Morgan Agren.

De Zappa ils ont retenu la complexité de l’écriture tant rythmique que harmonique, elle même bien souvent issue du travail des grands compositeurs contemporains européens, notamment des "sérialistes". Mais aussi ce plaisir jubilatoire à briser les règles préétablies et dans la grande tradition, une bonne dose d’humour et de dérision. Toutefois son influence n’est bien évidemment pas la seule à nourrir leur incroyable créativité. Le jazz, le plus souvent expérimental, et Miles Davis en particulier comptent au nombre des multiples références qui constituent leur univers. On pense même parfois au Canterbury, version très british du jazz-rock qui, plus généralement, constitue une part importante de l’inspiration du duo. Au même titre que le funk, style que Mats apprécie plus particulièrement (il abuse du clavinet). A ce point il est utile de préciser que celui-ci, aveugle de naissance, fait preuve d’une étonnante virtuosité. Et qu’il voue également une totale admiration à Stevie Wonder, à qui il n’hésite pas à rendre hommage en mettant de la "soul" dans ses rares parties de chant ou lorsqu’il s’empare d’un harmonica. De son côté Morgan, en inconditionnel de Christian Vander et de son Magma, a développé à la batterie une technique prodigieuse lui permettant toutes les audaces rythmiques.

On peut sensiblement distinguer 2 types de compositions : celles de Mats sont généralement les plus mélodiques et ses claviers empruntent parfois des parures quasi-progressives alors que Morgan fournit un travail plus complexe, une percée dans l’avant-garde du progressif en quelque sorte.

En 1999 Mats et Morgan auront fini par réunir une formation complète pour l’enregistrement d’un concert dans un club de Stockholm qui donnera le bouillonnant "Live", paru il y a un peu moins de 3 ans. Une bombe (Que dis-je ? une tuerie !) qui s’avère être un témoignage fulgurant de leurs prestations scéniques où la fougue, l’intensité et l’énergie débordent au point de laisser l’auditeur K.O. sous un déluge de notes et autres coups de boutoir rythmiques : imaginez-vous passer sous un rouleau compresseur après un tour de montagnes russes. De quoi grimper aux rideaux et rester collé au plafond. Du grand art !

C’est cette équipe que l’on retrouve sur "On air with guests", à savoir outre nos 2 protagonistes, Jimmy Agren à la guitare (frère de Morgan), Tommy Thordsson à la basse et Eric Carlsson au deuxième clavier. Comme je l’évoquais plus haut, les conditions de réalisation de cette nouvelle galette sont pour le moins originales. En effet tous les morceaux furent capturés au cours de la deuxième partie d’un show télé consacré à la batterie que Morgan Agren anime pour la chaîne nationale. Vous avouerez que ce n’est pas banal, on n’ose même pas imaginer ça par chez nous. Toujours est-il qu’après une première partie consacrée à la pédagogie, place est faite à Mats/Morgan qui s’en donne à cœur joie dans l’interprétation de son propre répertoire (ici entièrement instrumental) et en profite pour y convier quelques invités de choix. Parmi eux on retrouve Jonas Knutsson venu faire briller son saxophone dans une reprise endiablée de "chicken", un standard soul-jazz popularisé par Maceo Parker. Puis c’est au tour de Fredrik Thordendal (guitariste du groupe de math-metal Meshuggah que l’on retrouvait sur 2 titres de "Trends…") de dresser un mur de guitare "thrash" dans un extrait de son album solo "Sol niger within", dont Morgan assurait la batterie. Les deux s’entendent comme larrons en foire pour créer une atmosphère ultra-oppressante qui "fait mal dans ta tête à toi" (© mon 2Ni à moi), vite dissipée par l’apparition de l’étonnant duo constitué par Simon Steensland au theremin et un certain Spoonman qui interprètent un "advokaten" revisité. Comme son nom l’indique, ce dernier (de son vrai nom Artis the Spoonman, vieille connaissance de Zappa) officie aux cuillères, un art de la percussion ménagère érigé en véritable mode de vie. Enfin Jimmy Agren nous gratifie à la slide-guitar, dans son style de prédilection, d’un brûlot de blues-rock purement jouissif avec un titre à l’humour tout zappaïen : "she’s louder than me but I have the microphone".

Tous les autres morceaux, déjà présents sur "Live" se voient toutefois joués dans des versions différentes : certains étant réarrangés et d’autres ayant leur tempo modifié. De surcroît, on pourra apprécier de les écouter avec une production sensiblement supérieure où l’excellente qualité de la prise de son rend hommage avec clarté à la densité de cette foisonnante expérience musicale. Le tout entrecoupé de courts jingles créés pour la circonstance, émission de télé oblige, par le seul duo et avec toute l’espièglerie qu’on lui connaît.

Cette nouvelle production, bien que manquant de matière inédite (on en attend depuis plus de 3 ans), constitue un excellent passeport pour qui voudrait se donner la peine de pénétrer dans le monde merveilleux de Mats/Morgan.

Satisfaction garantie voire addiction irréversible vous attendent au tournant.

Juste une dernière chose : étant encore assez mal distribué, vous pouvez vous procurer cet album (et les autres) en ligne avec paiement sécurisé sur le site www.morganagren.com.

Enfin, ne les ratez surtout pas lors de leur prochain passage en France si vous en avez l’occasion qui aura lieu le 31 mai prochain au Triton (Les Lilas-93 près de Paris). Les infos sur la page des concerts.

Eric Verdin




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